Le roi Punk n’est pas mort

Posté par paquebot le 5 avril 2011

Le roi punk bouge encore, même à l’heure de Christophe Vilaine et des mous du genou qui ont « du succès ». La péniche a tangué dangeureusement pour le savoir jeudi, avec à son bord des matelots mal rasés et des filles impudiques. Dans la salle, si le public -intellos à lunettes, rmistes aux regards vagues, looseuse obèse et gothique anox, fut lent à se réveiller, Pamela burnes à la gouaille et son fidèle Zifridi à la guitare, ont fait péter la tequila. Tournée générale, le micro entre les seins, les bas résille tendus vers l’infini, la grisette flambante a démonté l’ambiance en n’hésitant pas à se payer un vol plané sur le bar ou en frappant les importuns de sa tignasse brune. Avant ce feu d’artifice, Mr Marcaille, joyeusement ignoble, gluant à souhait et crachant sa binouse tel un volcan islandais, avait montré au peuple rock que le grand Pan peut gicler en un rien de temps. A coup de violoncelle tronçonneuse, et par la grâce de sa douce voix de bûcheron nazi.

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Derrière son clavier, »Monsieur le directeur » avait la classeDe leur côté, en ouverture, les madrilènes de Margarita avait ouvert ce bal déjanté par une cascade de batterie qui rappelait une marche militaire de Pinochet en acceléré. Du bruit et de l’odeur, la bonne odeur d’une soirée rock, où l’on voit la sueur, où l’on sent le kebab entamé par le keupon de service et son t-shirt des bérus. Comète impossible au milieu de tout cela, « Monsieur le directeur » assurait les intermèdes d’une façon magistrale devant une assemblée d’élèves pervers. Des mélodies étranges issues des années 80, une présence bizarre, du très p eu vu en tout cas, voire un talent brut.

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BRULANTE TOUSSAINT AU 5-7

Posté par paquebot le 31 mars 2011

 

Le 1er novembre 1970, 146 jeunes périssaient dans l’incendie de la boite de nuit le 5-7 à Saint Laurent du Pont. Retour sur une soirée de cauchemar qui a marqué le pays.

Les sixties pop et festives sont sans doute mortes ce jour-là. Dans un dernier bal en enfer, une jeunesse insouciante s’est consumée en quelques minutes. Situé 1 km à l’extérieur du bourg de St Laurent du Pont (Isère), le dancing « le 5-7 » ressemblait à un grand hangar vu de dehors et à une grotte de cinéma une fois dedans. Une crêperie était accollée à l’établissement. Le « must » des samedis soirs, la plus grosse boite de la région…Ce 31 octobre 1970, le groupe parisien Storm (« orage » en anglais) assure le spectacle. La radio locale en a fait la promotion une semaine durant. Les jeunes de toute la région sont sur la piste, parfois venus en car. Garçons et filles euphoriques aux cheveux longs, qui dansent dans la fumée des cigarettes. La nuit se passe idéalement jusqu’à l’heure fatidique. Un des rares survivant, Alain, se souvient : « soudain, on a entendu un sifflement, comme si quelque chose allait exploser ». Le barman dira avoir vu « une grande lueur apparaître soudainement ». Le plafond en polystyrene se transforme en pluie de plastique brûlant qui tombe sur les jeunes danseurs. Les chemises et robes – presque toutes en nylon- flambent et fondent en un rien de temps. La panique secoue la foule. On se précipite vers l’entrée, bloquée par un tourniquet. Ce sera le désespoir et les cris : le tourniquet n’allant que dans un sens, celui de l’entrée en boite. Les premiers brûlés vifs se tordent de douleur et pourtant, tout le monde ne se rend pas encore compte. Le 5-7 est immense. Il est 1h45 du matin, l’alcool, la fatigue, le bruit de la musique…Et l’orchestre des Storm qui continue de jouer ! Autour d’eux, le monde s’effondre, le décor s’embrase. Le dancing avait ouvert au printemps sans autorisation officielle. Les murs avaient été aspergés de polyuréthane, une matière très inflammable. Imaginez la suite…Les sièges eux-mêmes en carton compressé brûlent en dégageant un gaz toxique. A l’autre bout de la piste les adolescents se jettent sur les sorties de secours. Elles sont fermées à double tour, le piège se referme ! Quand les pompiers arriveront, le 5-7 ne sera plus qu’une carcasse vide, fumante dans un silence de mort.

L’incroyable rumeur

Le lendemain, c’est la stupeur. Les autorités dégagent les corps calcinés. On les dépose dans des cercueils alignés dans le gymnase. Défilé cruel des parents effondrés qui viennent tenter de reconnaître des morceaux humains. L’ORTF filme. D’emblée, le maire est persuadé qu’il s’agit d’un acte criminel. Une partie de la presse nationale, Le Monde, Minute, Le Canard enchaîné soutiennent cette thèse. A. Paquet, député de l’Isère, fait part de ses soupçons au ministre de l’Intérieur dans un courrier dévoilé par la presse. Plusieurs faits « étranges » sont découverts par la police : On apprend que les gérants du « 5/7 » ont été propriétaires d’un autre dancing qui avait brûlé un an avant le drame ! Un corps non identifié a été trouvé dans la superstructure de l’établissement. (sept corps seront non identifiés) ; un témoin aurait dit qu’il avait vu sortir deux hommes du dancing peu avant que le feu n’éclate ; ils se seraient engouffrés dans une R16 en disant : « Ils ont mis le feu trop tôt, c’est idiot » ; une prostituée aurait déclaré que son ami faisait partie du commando qui aurait commis un attentat au « 5/7 » ; un rapport d’expertise notifierait l’existence de traces d’huile, résidus d’un engin incendiaire, dans les décombres du dancing. Néamoins, des causes plus simples sont retenues quant à l’origine de la catastrophe : une installation de chauffage très déféctueuse, un environnement hyper-inflammable, les portes de sorties de secours bloquées à cause des resquilleurs, et un plan général modifié sans autorisation par rapport au plan d’origine…ce qui fait déjà pas mal ! Une semaine après le bal tragique, le Général De Gaulle meurt. L’affaire du 5-7 sombrait dans l’oubli médiatique.

Les tourniquets maudits sont encore sur place

L’incendie de Saint Laurent du Pont a au moins fait réfléchir les autorités. Dans les mois qui suivirent, nombres d’établissements furent fermés pour raisons de sécurité. 40 ans après, un monument aux morts se dresse à l’emplacement de l’ancienne boite de nuit. Une partie du tourniquet sur lequel s’encastrèrent près de 100 jeunes gens est l’unique relique de cette nuit de mort. Le deuil n’est pas fait. Dans la région, on s’interroge toujours. France 3 a récemment réalisé une belle série sur la tragédie (visible sur Internet). De son côté, le réalisateur Jodel Saint Marc entreprend depuis plusieurs années un exceptionnel travail de recherche sur le drame. Son documentaire « dernière nuit au 5-7 » va bientôt sortir. Et lever certains doutes ?

David CARRETTE

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PHOTOS DE CLASSE

Posté par paquebot le 5 avril 2011

Photos de classe est mon second livre, sorti en 2009. Il est le fruit d’une rencontre avec un instituteur photographe atypique : Guy Tonneau.

 

 

QUATRIEME DE COUV’

Guy Tonneau commence à enseigner à sa sortie de l’Ecole normale des instituteurs en 1946.
Trois ans plus tard, il est nommé à Pouilloux, une commune rurale de Bourgogne. La communale de Pouilloux abritait, d’un côté, l’école des garçons et, de l’autre, l’école des filles, à l’image de ce que l’on pouvait rencontrer alors dans de nombreuses communes de France. Une France à dominante rurale, où l’institution scolaire tenait une place essentielle et où l’instituteur pouvait être tout à la fois l’enseignant, le secrétaire de mairie, l’animateur culturel…
Grâce à l’instituteur, la photographie, le cinéma et la télévision entreront à l’école de Pouilloux comme outils pédagogiques. Mais la photographie, pour Guy Tonneau, représentera bien plus. Il en fera tout au long de sa carrière, réalisant, photo après photo, une véritable chronique, un témoignage rare sur son école et ses élèves. Lorsqu’il quitte la communale de ses débuts pour l’école de Bellevue à Montceau-les-Mines, il rejoint une France urbaine et industrielle en pleine mutation.
L’ambiance Troisième République avec pupitres de bois, blouses grises et bérets des classes de l’école rurale fait alors place à l’univers de l’école que nous connaissons aujourd’hui. Véritable album de famille pour ceux qui ont connu la communale de la seconde moitié du XXe siècle. ce livre est un témoignage rare sur les dernières années de l’école de Jules Ferry et sur les modifications intervenues dans le paysage scolaire pendant les « Trente glorieuses », quand l’école issue de la Troisième République allait connaître ses plus grands bouleversements.
Un moment de l’histoire de l’école dans lequel chacun pourra se reconnaître.

 

David Carrette nous restitue l’itinéraire de Guy Tonneau et l’histoire de son fonds photographique.
Historien de formation (il a été chargé de recherches au musée de l’Ecole en Chalonnais), il nous présente le contexte dans lequel ces documents ont été réalisés.

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LES OBJETS DE LA COMMUNALE

Posté par paquebot le 5 avril 2011

 Pour la petite histoire, j’ai écrit ce livre au Brésil, en 2007. En collaboration avec Jacques Péron.

Les souvenirs d’école ont pour chacun une odeur de colle blanche, de cire de table de classe, et la couleur de l’encre violette, du bleu du papier recouvrant les livres, du noir des tableaux et des ardoises.

Dans le cartable, le plumier ou la trousse avec le parte plume, les crayons, la gomme, la règle, les cahiers avec les manuels scolaires, accompagnaient l’élève sur le chemin de l’école.

Dans la salle de classe les tableaux muraux de géographie, d’histoire ou de sciences naturelles formaient le décor des longues journées studieuses.
C’est ainsi que s’est dessiné le paysage de générations d’écoliers marqués à jamais par ces objets de l’école.
Chaque objets raconte une histoire, celle de nos premiers pas d’écolier.
Troisième racontent aussi l’histoire de l’école conçue sous la Troisième République.
L’instruction obligatoire et gratuite pour tous ne put se faire qu’avec les moyens techniques mis à la disposition de l’institution scolaire.
Et les progrès de l’industrie permirent une démocratisation de l’enseignement.
l’invention du papier-bois, de la lithogravure puis de l’impression offset furent essentiels, tout comme l’industrialisation des procédés de fabrication qui permirent de mettre des objets à la disposition du plus grand nombre.
C’est ainsi que l’école se peupla des objets qui allaient accompagner chaque écolier pendant sa scolarité et marquer définitivement sa mémoire.
Ce livre en fait l’inventaire et en raconte l’histoire, dessinant le portrait de ce que fut notre communale à tous.

 

 

 


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ILS ONT ETEINT LE ROI SOLEIL

Posté par paquebot le 5 avril 2011

 

Les nouveaux programmes d’Histoire du collège suppriment pratiquement l’étude de Louis XIV au profit des empires africains ! Jadis, le Roi Soleil occupait une place majeure dans les manuels…


On pourrait croire à un gag. Dans les nouveaux programmes d’histoire du collège, l’étude de Louis XIV, comme la plupart des grands personnages de l’Histoire nationale est réduite à la portion congrue. Remplacés par -au choix- les royaumes africains du Songhaï, du Monomotapa, du Mali ou du Ghana ! Le Roi Soleil, est renvoyé en fin de programme, c’est à dire qu’il est quasiment éliminé. D’autant plus que l’enseignant peut choisir un autre souverain pour illustrer la monarchie absolue. La Révolution et l’Empire (ce dernier devenant lui aussi facultatif) sont réduits et passent de 12 à 8 heures. L’esclavage et la traite négrière se voient attribuées des horaires plus importants en 5 ème et 4 ème. L’histoire est donc profondément réécrite depuis quelques années et la « fin de règne » de Louis XIV est significative. C’est la fin prévisible du « roman national » bâti naguère par les fondateurs de l’école de la République.

« On rogne un peu sur l’histoire de France, c’est un choix » Hubert Tison, secrétaire général de l’association des profs d’histoire-géo.

Depuis Jules Ferry en effet, le roi Soleil faisait partie du panthéon historique de la France. Dans les Lavisse, manuels d’histoire les plus diffusés en primaire jusqu’en 1950, de nombreuses pages -une dizaine parfois-étaient consacrées à son règne. Les livres d’histoire de France -dès le CP- enseignaient l’épopée guerrière et artistique du souverain. Versailles était présenté comme un château « plus riche que dans les contes de fées » (Histoire CE, 1958). Les autres personnages du Grand siècle étaient largement évoqués : Turenne, Vauban, Colbert sans oublier Molière ou La Fontaine. Autant de figures indispensables à la compréhension de la culture française.

72 ans : le règne de Louis XIV est le plus long de l’histoire de France

Dans les années 1960, Louis XIV fait la couverture d’un des manuels d’histoire les plus utilisés, le Bonifacio-Maréchal CE-CM de chez Hachette. La République honore sans tabous ce roi centralisateur et mécène tout en rappelant ses défauts : son trop grand amour de la guerre notamment. Engagés, certains manuels vont plus loin « Louis XIV est orgueilleux. Les impôts deviennent très lourds. Les français sont misérables. La révocation de l’Edit de Nantes est une faute très grave » (Histoire CE 1970). On était loin de l’idolâtrie. Mais l’hôte de Versailles faisait rêver les enfants…Avec la réforme de 2008, le héros le plus connu des petits français, va sans doute tomber aux oubliettes. Cette fois-ci, la lettre de cachet est scelée par l’Education nationale….

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« ouverture aux autres civilisations de notre monde »


Par cette refonte radicale des programmes, décidée il y a deux ans (bulletin officielle no 6 du 28 août 2008), l’état entend sans doute préparer la société française à la mondialisation. Une mondialisation dans laquelle tout ce qui est « national » devient obsolète. Il y a aussi une volonté de rendre l’histoire plus attractive à des populations scolaires qui dans certains établissements sont majoritairement issues d’Afrique ou du Maghreb. Ainsi, dans la même veine en 5ème, l’étude des « débuts de l’Islam » devra occuper « environ 10 % du temps scolaire » selon les documents officiels. « Si l’histoire nationale reste essentielle, elle ne constitue plus le passage obligé pour une ouverture sur l’Europe et le monde » rappellent ces derniers (introduction aux nouveaux programmes).

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Dessine moi un penis !

Posté par paquebot le 5 avril 2011

Les élèves de CM2 de l’école de …. attendaient ce cours avec une certaine impatience : « la reproduction chez l’homme ». Il faut dire qu’ils n’ont pas été déçus, car avec le docteur…, prof d’un jour, les questions et les réponses sans tabou ont fusé de toute part. Les filles et les garçons étaient séparés pour l’occasion et M. … a commencé avec les premières. « Comment fait-on l’amour ?  » interrogeait d’emblée une blondinette.

 

 

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« Est-ce qu’on continue à se former après 16 ans »,  « quel est l’âge idéal pour avoir un enfant », « Peut-on avoir des enfants si on ne fait pas l’amour » sont quelques unes des questions auxquelles le docteur a répondu très clairement. On était surpris des « connaissances » avancées de certaines demoiselles, dont l’une savait par exemple comment enfiler un préservatif ! « L’amour, c’est un petit moment de tendresse » disait l’autre, une roussette un peu boudinée. De leur côté, les garçons étaient un peu bêtement rigolards, et s’exclaffaient dès les premiers dessins du docteur au tableau. Le médecin avait frappé un peu fort, il faut le dire, en dessinant un vit monstrueux au tableau ! Mais peu à peu, tout cela s’est décanté, et certains en sont venus à des questions plus intimes et plus sérieuses. Quand on leur a expliqué d’où sortaient les spermatozoïdes, tous en choeur ont fait « beuuurk »!

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Les « poilus » sont-ils nés en classe ?

Posté par paquebot le 31 mars 2011

 

92 ans après l’armistice, on peut s’interroger sur le rôle de l’école dans la « préparation » patriotique des futurs « Poilus ». Les documents d’époque nous apportent quelques réponses…

Humiliée par la débâcle de 1870, la France a vécu pendant 40 ans dans l’espoir d’une « revanche » contre l’ennemi prussien. Que l’école de Jules Ferry ait été l’outil principal d’une propagande guerrière, l’étude attentive du matériel scolaire utilisé de 1880 à 1914 le prouve sans ambiguïté. Dans l’optique de la guerre future, « on » décida en haut lieu de préparer les français dès la salle de classe. De l’histoire à l’arithmétique en passant par la gymnastique, toutes les matières furent imprégnées. « Nous voulons pour l’école des fusils, oui le fusil, le petit fusil que l’enfant apprendra à manier dès l’école, dont l’usage deviendra pour lui chose instinctive, qu’il n’oubliera plus, qu’il n’aura pas besoin d’apprendre plus tard. Car ce petit enfant, c’est le citoyen de l’avenir, et dans tout citoyen, il doit y avoir un soldat, et un soldat toujours prêt ! ». Dans son incroyable discours, Paul Bert, le ministre de l’Instruction donnait le ton : l’école préparera les futurs soldats.

Des fusils pour l’école

Au tableau, les élèves récitent les textes ouvertement nationalistes de Paul Déroulède. On multiplie les allusions à l’Alsace-Lorraine perdue en 1871 dans les livres de lecture, tandis que dans certaines leçons de morale, on raconte l’histoire d’enfants héroïques fusillés par les prussiens ! Le 6 juillet 1882, le gouvernement traduit ses paroles dans la réalité avec la création des bataillons scolaires. Dans les communes qui le pourront, on organisera des exercices militaires sous l’égide du maître d’école. « Les fusils devront être assez légers et comporter tout le mécanisme des fusils de guerre » dit l’article 9 de la loi. Les enfants du secondaire sont encouragés à participer au « tir scolaire ». Nombres de petits garçons ont du bien s’amuser lors des exercices ! Certains, 25 ans plus tard, y ont-ils repensé lorsqu’ils agonisaient, défigurés, amputés, dans la boue des tranchées ?

« En cas d’invasion à l’Est »

Quelques années avant 14, sur le verso d’un protège cahier, on explique à l’élève les « manoeuvres futures » de l’armée française « en cas d’invasion à l’Est ». Au moins, pas de langue de bois ! Les plumes elles-mêmes sont mises à contribution : les scènes de guerres décorent nombre de boites et leurs noms se passent de commentaires : plume « sergent-major », « mitrailleuse », « baïonnette »…L’école primaire de 1900 est virile. Les garçons portent pour la plupart le sarrau noir ou bleu foncé, les crânes sont souvent rasés, la discipline est rude. Dans cette ambiance de caserne, les manuels l’affirment, l’heure de la Revanche sonnera tôt ou tard : « Les allemands ont ouvert une brèches dans nos frontières (…)nous attendrons sans impatience, mais avec une confiance inébranlable, l’heure de la réparation ! » (1ère année d’Instruction morale, vers 1910). « Un jour viendra où nous retrouverons nos frères d’Alsace-Lorraine » proclame un manuel de géographie de la même époque…Comment s’étonner alors de la levée d’août 14 ? De l’endurance incroyable des poilus ? Le suicide franco-allemand de 14-18 a pourtant failli être évité. Les deux pays étaient à deux doigts de se rapprocher. Notamment lors de la revue navale de Kiel en 1895, où la flotte française manoeuvra avec celles du Kaiser et du Tsar. L’Allemagne laissait même le champs libre aux français en Afrique du Nord « pour qu’ils oublient la perte de l’Alsace-Lorraine ». Mais au lieu d’entrevoir la réconciliation, on a préféré l’affrontement…

Les noms que nous lisons désormais sur les monuments aux morts sont ceux des écoliers de la III ème République, pour la plupart en classe dans les années 1880-90. On leur a enseigné l’amour de la patrie, une certaine haine du « boche » également. Après 1920, les manuels scolaires sont « remis à jour » et se font humanistes en prônant le « plus jamais ça ». Des millions de morts étaient passés par là. De nos jours, l’éducation « patriotique » est encore très utilisée dans les pays qui préparent une guerre : à Gaza, en Iran ou en Corée du Nord pour ne citer qu’eux. Les futurs poilus naissent souvent en classe.

D.C.

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« quelques arpents de neige… »

Posté par paquebot le 31 mars 2011

 

L’épopée du Canada français est resté longtemps présent dans les manuels scolaires. De la mort mythique de Montcalm au Traité catastrophe de 1763

Le traité de Paris signé en 1763 faisait jadis parti des dates à retenir quand on préparait le certificat d’études. L’année maudite où la France perdait définitivement l’Inde et le Canada, l’année où le monde basculait et allait devenir anglo-saxon. Voltaire riait de « ces pauvres arpents de neige » mais au fond d’eux-mêmes, les français savaient qu’ils avaient perdus la bataille décisive. Maintenant la flamme du souvenir tant bien que mal, l’école honora l’épopée du Canada français à travers la figure d’un général d’exception. En préambule, les manuels plantaient le décor :« Le Canada est très froid et le sol y est recouvert de neige durant plusieurs mois chaque année. On y chasse le renard et l’ours dont les peaux fournissent de chaudes et magnifiques fourrures. » raconte un livre de cours élémentaire de 1948 (Grandes figures et grands faits de l’histoire de France).

Une lutte désespérée mais belle

« Montcalm meurt en défendant le Canada. C’était un chef d’une bravoure remarquable. Il était admiré des peaux-rouges dont certains combattirent dans notre armée. Avec 4000 soldats, Montcalm réussit dans une bataille à vaincre 25 000 anglais » Mais les anglais toujours plus nombreux finissent par l’emporter. « Montcalm fut gravement blessé. Il prononça alors ces paroles : Je meurs content car je ne verrai jamais les anglais à Québec ». Cette phrase sera reprise dans pratiquement tous les livres d’histoire distribués à l’école primaire. Montcalm est donc paré de toutes les vertus : héroïque, patriote, il est l’ami des peuples autochtones et dans certains ouvrages de l’école primaire, on le représente fumant le calumet à l’entrée d’un tipi.

Montcalm :« Je meurs content car je ne verrais jamais les anglais à Québec »

Montcalm, héros désormais complètement oublié des jeunes générations est alors -jusqu’en 1968- un des personnages les plus connus des écoliers de France et de Navarre. Sa mort est mise en scène par les illustrateurs des livres d’histoire, comme dans l’image en couleur du Grimal-Moreau, CE de 1967. Le militaire est alors entouré des valeureux guerriers indiens et des trappeurs. « Les peaux rouges sont ses alliés » explique un manuel de 1970 (un des derniers à parler de Montcalm) « mais il ne reçoit plus aucun renfort à cause du mauvais gouvernement de Louis XV ». Un autre livre est moins dur avec le roi : « Montcalm demandait ‘de la poudre, envoyez moi de la poudre’, mais le roi ne put rien lui envoyer, les flottes anglaises, beaucoup plus puissantes que les nôtres, arrêtaient tout en mer ».

De Gaulle a osé

La France perdit donc sa « Belle Province » au « désastreux traité de Paris, un des plus sombre moment de notre histoire » dit un manuel de géographie des années 1950. Heureusement, ajoute un autre livre, « les canadiens continuent d’aimer la France. Ils parlent notre langue et chantent nos vieilles chansons. Durant les deux dernières guerres, ils sont venus se battre à nos côtés » (Notre 1er livre d’Histoire, 1959) Mais le souvenir va s’évanouir au moment où le Général de Gaulle va tenter un incroyable coup d’audace . En 1967, il remonte le « chemin du roi » sous les acclamations du peuple québécois qui attendait ça depuis deux siècles. A la tribune, bravant toute discipline diplomatique, il ose « vive le Québec libre ! ». Devant lui, les gens crient, pleurent, sautent de joie. La phrase fait scandale. On dit que le président français est devenu « fou » ou « sénile ». Il avait surtout redonné l’espérance.

Le Québec y est presque

L’aventure du Général avait ravivé une nation. En 1980, eut lieu le premier référendum sur l’indépendance de la Belle Province. Le non l’emporta facilement (59 %) notamment à cause d’une question longue et peu claire. Logiquement, l’indépendance aurait du être acquise lors du second vote en 1995. Le non l’emporta à l’arraché avec 50,5 % et il s’avèra par le suite que le référendum avait été littéralement truqué. Par la magie du gouvernement fédéral anglophone, 44 000 immigrés étaient devenus québécois pour la seule année 1995, juste avant le vote. On dénombra finalement 56 000 votes qui n’étaient pas valables ce que la justice confirma. De plus, la propagande anti-sécession avait été financé par des fonds eux-aussi illégaux. Ce fut l’immense scandale des « commandites ». Depuis, le Québec a été reconnu comme « nation » au sein du Canada. Parmi les dernièrs pays colonisés du monde, le Québec attend, comme la Palestine ou le Sud Soudan, sa libération.

David Carrette

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Emmenez moi au… Betchouanaland

Posté par paquebot le 31 mars 2011

 

Les manuels de géographie d’autrefois fourmillent de noms bizarres ou inconnus.. A l’heure où le monde change si vite, petit voyage nostalgique au coeur des pays disparus.

Le monde va plus vite que ce que l’on croit. Un manuel de géographie daté de 1990 en donne la conviction. URSS, RDA, Tchécoslovaquie et autres Yougoslavie, y figuraient, et pourtant, quelques années après, ces artificielles créations socialistes sont déjà tombées dans les oubliettes de l’histoire. Plus on remonte le temps, plus on plonge dans le bazar humain, cette marmite géographique qui fait bouillir les peuples, qui éclate les frontières et renomme les univers, plus on remarque une chose qui peut faire peur : les pays, comme les hommes, ne sont pas éternels. Quid de l’Autriche-Hongrie, vénérable institution créée en 1867 et désintégrée en 1918, ou de l’éphémère Congo belge, devenu Congo Kinshasa puis Zaïre en 1971 avant de se transformer en RDC en 1997 ? Des générations de petits français ont du apprendre un florilège de contrées qui parfois n’existaient même plus quand ils atteignaient l’âge adulte !

« L’URSS est le plus vaste état du monde, ses plaines s’étendent à l’infini.. »

(Géographie, CM 1981)

Au moins, on pouvait s’amuser avec ces drôles de noms ! Essayez de faire prononcer « Bétchouanouland » à toute une classe…D’un côté, en moins rigolo, on avait « l’Afrique orientale allemande », « le Soudan anglo-égyptien », Ceylan ou le Sahara espagnol. En 1910, les enfants pouvaient bien se demander ce qui se passait dans le « vilayet de Tripoli », à quelle sauce on était mangé si on s’égarait sur « la côte des Somalis » ou -avec quelque appréhension- pourquoi un peuple s’appelait-il les « Niam-niams » ? Certains pays avaient un nom légèrement différent comme par exemple les « états-unis du Brésil » (jusqu’en 1968) ou qui n’avait plus rien à voir comme le Dahomey (actuel Bénin) ou la Haute-Volta (Burkina Faso), de quoi y perdre son latin car même les villes s’y mettaient. Constantinople vira Istambul, Smyrne en fumée devînt Izmir tandis que plus tard, Bône en Algérie fut renommée Annaba et Titograd la yougoslave fut baptisée Podgorica la monténégrine ! Et tout ça tombe dans l’oubli : qui se rappelle encore -à part les amateurs de bière- du comptoir allemand de Tsing-Tao en terre chinoise ?

« L’empire austro-hongrois est composé de races très diverses. Toutes ces nationalités réclament l’autonomie ou même la séparation. » (Géographie Foncin, cours supérieur et complémentaire, 1907)

Ne pas se perdre dans le « Corridor » de Dantzig…

C’est surtout après la 1ère guerre mondiale que les manuels scolaires ont du être globalement révisés : les empires multinationaux n’avaient pas résisté à leur défaite militaire. Ainsi, les enfants virent les cartes et les globes terrestres de la classe prendre un sérieux coup de jeune et l’Autriche-Hongrie, l’Empire allemand, l’Empire Ottoman et la Russie tsariste furent gommés comme par magie. A la place, d’étranges créatures géographiques allaient hanter les nuits des écoliers, plus monstrueuses les unes que les autres : une Hongrie minuscule, le très alambiqué « royaume des serbes et des croates », un anormal « corridor de Dantzig », mais aussi un « territoire de Fiume » sorti de nulle part, une « Sarre » autonome et des Transjordanie ou Transcaucasie en veux-tu en voilà ! Cent ans après, les cartes sont toujours aussi mouvantes et les élèves pas au bout de leurs peines. Vous avez dit Kosovo ?

David Carrette

Un monde en sécession

Depuis l’explosion du bloc communiste (1989-91), les nouveaux pays naissent régulièrement aux quatre coins du monde. L’ex-Union soviètique et l’ex-Yougoslavie ont accouché de micro-état ethniques -Kosovo, République Sprska, pays baltes ou de constructions plus vastes comme le Kazhakstan et l’Ukraine. Les nationalismes ont le vent en poupe et les volontés séparatistes explosent à la figure de l’Europe. En Belgique, la scission entre Flamands et Wallons est imminente, en Espagne, Catalogne et Euskadi sont déjà autonomes. Plus loin, la Turquie et l’Iraq redoutent l’avènement d’un Kurdistan souverain quant à la Chine, elle maintient le mythe d’un pays homogène grâce à la répression. Le Brésil lui, fait semblant de ne pas voir la volonté d’autonomie de son très riche sud…Aux USA, l’hispanisation progressive des états du sud fait craindre un détachement « culturel » dans un futur à moyen terme. L’Afrique (Côte d’Ivoire, Soudan, Nigeria) voit en ce moment les frontières coloniales s’effriter dangereusement. La géographie est une science qui bouge ! D.C.

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