BRULANTE TOUSSAINT AU 5-7

Posté par paquebot le 31 mars 2011

 

Le 1er novembre 1970, 146 jeunes périssaient dans l’incendie de la boite de nuit le 5-7 à Saint Laurent du Pont. Retour sur une soirée de cauchemar qui a marqué le pays.

Les sixties pop et festives sont sans doute mortes ce jour-là. Dans un dernier bal en enfer, une jeunesse insouciante s’est consumée en quelques minutes. Situé 1 km à l’extérieur du bourg de St Laurent du Pont (Isère), le dancing « le 5-7 » ressemblait à un grand hangar vu de dehors et à une grotte de cinéma une fois dedans. Une crêperie était accollée à l’établissement. Le « must » des samedis soirs, la plus grosse boite de la région…Ce 31 octobre 1970, le groupe parisien Storm (« orage » en anglais) assure le spectacle. La radio locale en a fait la promotion une semaine durant. Les jeunes de toute la région sont sur la piste, parfois venus en car. Garçons et filles euphoriques aux cheveux longs, qui dansent dans la fumée des cigarettes. La nuit se passe idéalement jusqu’à l’heure fatidique. Un des rares survivant, Alain, se souvient : « soudain, on a entendu un sifflement, comme si quelque chose allait exploser ». Le barman dira avoir vu « une grande lueur apparaître soudainement ». Le plafond en polystyrene se transforme en pluie de plastique brûlant qui tombe sur les jeunes danseurs. Les chemises et robes – presque toutes en nylon- flambent et fondent en un rien de temps. La panique secoue la foule. On se précipite vers l’entrée, bloquée par un tourniquet. Ce sera le désespoir et les cris : le tourniquet n’allant que dans un sens, celui de l’entrée en boite. Les premiers brûlés vifs se tordent de douleur et pourtant, tout le monde ne se rend pas encore compte. Le 5-7 est immense. Il est 1h45 du matin, l’alcool, la fatigue, le bruit de la musique…Et l’orchestre des Storm qui continue de jouer ! Autour d’eux, le monde s’effondre, le décor s’embrase. Le dancing avait ouvert au printemps sans autorisation officielle. Les murs avaient été aspergés de polyuréthane, une matière très inflammable. Imaginez la suite…Les sièges eux-mêmes en carton compressé brûlent en dégageant un gaz toxique. A l’autre bout de la piste les adolescents se jettent sur les sorties de secours. Elles sont fermées à double tour, le piège se referme ! Quand les pompiers arriveront, le 5-7 ne sera plus qu’une carcasse vide, fumante dans un silence de mort.

L’incroyable rumeur

Le lendemain, c’est la stupeur. Les autorités dégagent les corps calcinés. On les dépose dans des cercueils alignés dans le gymnase. Défilé cruel des parents effondrés qui viennent tenter de reconnaître des morceaux humains. L’ORTF filme. D’emblée, le maire est persuadé qu’il s’agit d’un acte criminel. Une partie de la presse nationale, Le Monde, Minute, Le Canard enchaîné soutiennent cette thèse. A. Paquet, député de l’Isère, fait part de ses soupçons au ministre de l’Intérieur dans un courrier dévoilé par la presse. Plusieurs faits « étranges » sont découverts par la police : On apprend que les gérants du « 5/7 » ont été propriétaires d’un autre dancing qui avait brûlé un an avant le drame ! Un corps non identifié a été trouvé dans la superstructure de l’établissement. (sept corps seront non identifiés) ; un témoin aurait dit qu’il avait vu sortir deux hommes du dancing peu avant que le feu n’éclate ; ils se seraient engouffrés dans une R16 en disant : « Ils ont mis le feu trop tôt, c’est idiot » ; une prostituée aurait déclaré que son ami faisait partie du commando qui aurait commis un attentat au « 5/7 » ; un rapport d’expertise notifierait l’existence de traces d’huile, résidus d’un engin incendiaire, dans les décombres du dancing. Néamoins, des causes plus simples sont retenues quant à l’origine de la catastrophe : une installation de chauffage très déféctueuse, un environnement hyper-inflammable, les portes de sorties de secours bloquées à cause des resquilleurs, et un plan général modifié sans autorisation par rapport au plan d’origine…ce qui fait déjà pas mal ! Une semaine après le bal tragique, le Général De Gaulle meurt. L’affaire du 5-7 sombrait dans l’oubli médiatique.

Les tourniquets maudits sont encore sur place

L’incendie de Saint Laurent du Pont a au moins fait réfléchir les autorités. Dans les mois qui suivirent, nombres d’établissements furent fermés pour raisons de sécurité. 40 ans après, un monument aux morts se dresse à l’emplacement de l’ancienne boite de nuit. Une partie du tourniquet sur lequel s’encastrèrent près de 100 jeunes gens est l’unique relique de cette nuit de mort. Le deuil n’est pas fait. Dans la région, on s’interroge toujours. France 3 a récemment réalisé une belle série sur la tragédie (visible sur Internet). De son côté, le réalisateur Jodel Saint Marc entreprend depuis plusieurs années un exceptionnel travail de recherche sur le drame. Son documentaire « dernière nuit au 5-7 » va bientôt sortir. Et lever certains doutes ?

David CARRETTE

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