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Les « poilus » sont-ils nés en classe ?

Posté par paquebot le 31 mars 2011

 

92 ans après l’armistice, on peut s’interroger sur le rôle de l’école dans la « préparation » patriotique des futurs « Poilus ». Les documents d’époque nous apportent quelques réponses…

Humiliée par la débâcle de 1870, la France a vécu pendant 40 ans dans l’espoir d’une « revanche » contre l’ennemi prussien. Que l’école de Jules Ferry ait été l’outil principal d’une propagande guerrière, l’étude attentive du matériel scolaire utilisé de 1880 à 1914 le prouve sans ambiguïté. Dans l’optique de la guerre future, « on » décida en haut lieu de préparer les français dès la salle de classe. De l’histoire à l’arithmétique en passant par la gymnastique, toutes les matières furent imprégnées. « Nous voulons pour l’école des fusils, oui le fusil, le petit fusil que l’enfant apprendra à manier dès l’école, dont l’usage deviendra pour lui chose instinctive, qu’il n’oubliera plus, qu’il n’aura pas besoin d’apprendre plus tard. Car ce petit enfant, c’est le citoyen de l’avenir, et dans tout citoyen, il doit y avoir un soldat, et un soldat toujours prêt ! ». Dans son incroyable discours, Paul Bert, le ministre de l’Instruction donnait le ton : l’école préparera les futurs soldats.

Des fusils pour l’école

Au tableau, les élèves récitent les textes ouvertement nationalistes de Paul Déroulède. On multiplie les allusions à l’Alsace-Lorraine perdue en 1871 dans les livres de lecture, tandis que dans certaines leçons de morale, on raconte l’histoire d’enfants héroïques fusillés par les prussiens ! Le 6 juillet 1882, le gouvernement traduit ses paroles dans la réalité avec la création des bataillons scolaires. Dans les communes qui le pourront, on organisera des exercices militaires sous l’égide du maître d’école. « Les fusils devront être assez légers et comporter tout le mécanisme des fusils de guerre » dit l’article 9 de la loi. Les enfants du secondaire sont encouragés à participer au « tir scolaire ». Nombres de petits garçons ont du bien s’amuser lors des exercices ! Certains, 25 ans plus tard, y ont-ils repensé lorsqu’ils agonisaient, défigurés, amputés, dans la boue des tranchées ?

« En cas d’invasion à l’Est »

Quelques années avant 14, sur le verso d’un protège cahier, on explique à l’élève les « manoeuvres futures » de l’armée française « en cas d’invasion à l’Est ». Au moins, pas de langue de bois ! Les plumes elles-mêmes sont mises à contribution : les scènes de guerres décorent nombre de boites et leurs noms se passent de commentaires : plume « sergent-major », « mitrailleuse », « baïonnette »…L’école primaire de 1900 est virile. Les garçons portent pour la plupart le sarrau noir ou bleu foncé, les crânes sont souvent rasés, la discipline est rude. Dans cette ambiance de caserne, les manuels l’affirment, l’heure de la Revanche sonnera tôt ou tard : « Les allemands ont ouvert une brèches dans nos frontières (…)nous attendrons sans impatience, mais avec une confiance inébranlable, l’heure de la réparation ! » (1ère année d’Instruction morale, vers 1910). « Un jour viendra où nous retrouverons nos frères d’Alsace-Lorraine » proclame un manuel de géographie de la même époque…Comment s’étonner alors de la levée d’août 14 ? De l’endurance incroyable des poilus ? Le suicide franco-allemand de 14-18 a pourtant failli être évité. Les deux pays étaient à deux doigts de se rapprocher. Notamment lors de la revue navale de Kiel en 1895, où la flotte française manoeuvra avec celles du Kaiser et du Tsar. L’Allemagne laissait même le champs libre aux français en Afrique du Nord « pour qu’ils oublient la perte de l’Alsace-Lorraine ». Mais au lieu d’entrevoir la réconciliation, on a préféré l’affrontement…

Les noms que nous lisons désormais sur les monuments aux morts sont ceux des écoliers de la III ème République, pour la plupart en classe dans les années 1880-90. On leur a enseigné l’amour de la patrie, une certaine haine du « boche » également. Après 1920, les manuels scolaires sont « remis à jour » et se font humanistes en prônant le « plus jamais ça ». Des millions de morts étaient passés par là. De nos jours, l’éducation « patriotique » est encore très utilisée dans les pays qui préparent une guerre : à Gaza, en Iran ou en Corée du Nord pour ne citer qu’eux. Les futurs poilus naissent souvent en classe.

D.C.

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